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TRANSITION MANAGEMENT IN SUPPLY CHAIN

(from STRATEGY to EXECUTION)

Author

ederyckel

#henrisalvador #francebresil 2025

Process Thinking : l’arme silencieuse des Supply Chains résilientes

Après plusieurs décennies passées au contact de la Supply Chain pharmaceutique, une conviction s’est imposée à moi: les organisations les plus robustes ne sont ni celles qui disposent des outils les plus sophistiqués, ni celles qui multiplient les initiatives ponctuelles ni celles qui possèdent les gens les plus brillants. Ce sont celles qui ont intégré, profondément et durablement, la pensée processus.

Bien avant que la digitalisation et le pilotage end-to-end ne deviennent des standards, certains leaders que j’ai croisé jadis, avaient d’emblée compris deux vérités fondamentales:

D’une part, que la qualité ne se décrète pas, elle se construit à partir de la valeur client (Customer-Driven Quality).

De ceci nous reparlerons par ailleurs, tant il semblerait qu’aujourd’hui cette focalisation des Entreprises sur le Client qui les fait vivre, semble remplacée suivant un pénible effet de mode, par l’OTIF, qui lui ne garantit en rien un parfait service à ce même client.

D’autre part, qu’aucune performance durable n’est possible sans considérer l’entreprise comme un ensemble de processus maîtrisés, ce que j’appelle le « Process thinking ».

J’ai eu la chance de grandir dans cet  environnement,  dans une entreprise (SmithKline Beecham) où des dirigeants visionnaires avaient identifié, bien avant qu’ils ne deviennent des « buzzwords », ces deux principes structurants du succès industriel.

Ces principes n’étaient ni théoriques ni décoratifs. Ils constituaient le socle culturel de l’organisation. Chaque processus devait être clairement défini, documenté, maîtrisé et transmis. Cette rigueur a permis d’obtenir des résultats prévisibles, reproductibles et conformes, condition indispensable à une performance pérenne.

Une définition simple, mais structurante

Un processus peut se définir comme une suite d’étapes organisées, chacune générant une valeur ajoutée pour un client interne ou externe.

Adopter une approche processus, c’est passer d’une gestion réactive à une discipline structurée, capable de garantir à la fois performance, conformité et résilience.

Le nouveau défi : des Supply Chains centralisées et interconnectées

Aujourd’hui, les organisations pharmaceutiques s’orientent vers des modèles de planification centralisés, intégrant à la fois des sites internes et des partenaires industriels externes (CMO). Cette évolution offre des gains indéniables en visibilité et en efficacité globale.

Mais sans une approche rigoureusement orientée processus, cette centralisation peut devenir un facteur de fragilité plutôt qu’un levier de performance.

Les risques d’une planification non structurée

Lorsqu’elle repose davantage sur les individus que sur des processus formalisés, la planification devient vulnérable. Les symptômes sont bien connus :

  • responsabilités fragmentées,
  • dépendance excessive aux expertises individuelles,
  • variabilité des résultats.
  • inefficiences et replanifications récurrentes.

Dans ce contexte, l’organisation peut donner l’illusion du contrôle… jusqu’à ce qu’une crise d’approvisionnement ou une rupture majeure révèle ses failles.

Le Process Thinking appliqué à la Supply Chain

Le Process Thinking consiste à concevoir et piloter chaque activité comme un système structuré, avec des entrées, des sorties, des responsabilités claires et des indicateurs de performance. Appliqué à la Supply Chain, cela implique notamment de :

  • cartographier les flux de bout en bout, de la demande client à la livraison finale ;
  • définir clairement les rôles et responsabilités (RACI) entre fonctions et partenaires ;
  • standardiser les étapes clés de la planification : gestion de la demande, planification capacitaire, ordonnancement, suivi d’exécution ;
  • documenter les flux, les rôles et les responsabilités , les règles, arbitrages et exceptions afin de garantir la conformité réglementaire;
  • déployer des indicateurs robustes et pertinents  tels, l’adhérence au plan, le taux de replanification …;
  • Instaurer une dynamique d’amélioration continue via des revues de performance, des audits internes..
  • Mais surtout FORMER les acteurs des processus de manière a garantir leur fonctionnement correct.

Sans cette discipline, la Supply Chain se résume à une succession d’actions isolées et fragiles.

Avec elle, elle devient prévisible, agile et résiliente.

Prendre de la hauteur : l’éclairage du modèle HBDI

Mettre en place et maintenir le « Process Thinking »  repose essentiellement  sur la posture cognitive des décideurs. Le modèle HBDI (Herrmann Brain Dominance Instrument) met en évidence quatre grandes préférences de pensée :

  • Bleu (Rational) : analytique, orienté données et logique,
  • Vert (Safekeeping) : structuré, prudent, attaché aux règles,
  • Rouge (Feeling) : relationnel, collaboratif,
  • Jaune (Experimental) : global, visionnaire, créatif.

Pour concevoir des processus robustes, les dirigeants doivent mobiliser pleinement le quadrant jaune, celui de la vision d’ensemble et de la conceptualisation.

Trop souvent, les organisations se focalisent sur les détails opérationnels avant même d’avoir défini l’architecture globale du système.

L’analogie de l’architecte : penser avant d’optimiser

J’ai souvent l’habitude lorsque je suis confronté à des interlocuteurs fascinés par le détail et incapables de prendre de la hauteur afin de « Penser Processus », d’utiliser la métaphore de l’architecte.

En effet, lorsqu’on confie un projet de construction d’un nouveau bâtiment à un architecte, on ne commence pas par discuter de l’emplacement des prises électriques. On définit d’abord le type de bâtiment, son usage, sa structure. Ce n’est qu’une fois la charpente pensée que les détails techniques prennent sens.

La planification Supply Chain doit suivre la même logique. Avant d’optimiser des paramètres ou de déployer des outils, il est essentiel de concevoir l’architecture globale : flux, interfaces, règles de gouvernance et modes de décision.

Cette approche, largement utilisée dans les cabinets de conseil, est un facteur clé de cohérence et de robustesse à long terme.

Conclusion : la pensée processus comme colonne vertébrale

La planification end-to-end est un enjeu stratégique majeur, mais elle ne peut être efficace sans un socle solide. Ce socle, c’est la pensée processus.

En Supply Chain Planning, plus qu’ailleurs, rien ne peut être laissé au hasard si l’on vise des résultats durables, conformes et résilients.

Emmanuel de Ryckel

LE MANAGEMENT INCARNÉ

« À l’heure où une nouvelle mission d’intérim management me ramène aux sensations si particulières du commandement d’une équipe, je me surprends à retrouver, intact, le souvenir de ma toute première expérience, comme si le temps ne l’avait jamais altéré. »


« Rien ne vaut l’exemple d’un chef. Plus il viendra de haut, plus il portera de fruits. »
— Maréchal Rommel

À vingt ans, j’ignorais tout du management. Le mot lui-même n’appartenait pas encore au vocabulaire courant, et certainement pas à celui des grandes écoles de l’époque, pas même à HEC Liège. On y enseignait l’économie, la finance, la stratégie peut-être, mais rarement l’art délicat de conduire des femmes et des hommes.

C’est ailleurs que je fis cette découverte. Dans un environnement familial et historique qui me conduisit, presque naturellement, à accomplir mon service militaire comme officier, au sein de l’une des plus belles unités de l’armée belge : le 12ᵉ de Ligne, Prince Léopold, à Spa.

Après cinq mois d’écolage — où, là encore, aucune notion explicite de management n’était au programme — je me retrouvai brusquement projeté dans la réalité du commandement. Quelques galons sur les épaules, face à quarante hommes issus de toutes les classes sociales que comptait alors la Belgique. Quarante trajectoires, quarante caractères, quarante histoires personnelles. Et un objectif commun que peu, à vrai dire, avaient réellement choisi : atteindre un niveau de condition physique et d’instruction militaire exigeant.

Où trouver, à cet âge, les ressources nécessaires pour entraîner tout ce petit monde ?

Je les cherchai d’abord dans mes lectures récentes. “Le Fil de l’épée” de Charles de Gaulle me marqua profondément, notamment par cette idée que tout chef doit conserver une part de mystère vis-à-vis de ceux qu’il commande,  non pour se rendre inaccessible, mais pour incarner une fonction qui dépasse la simple proximité.

Je tenais aussi, plus instinctivement — conviction que le général de Villiers confirmera bien des années plus tard dans “L’Art d’être chef” — que le leader doit avant tout aimer les hommes placés sous sa responsabilité. Aimer, au sens exigeant du terme : respecter, comprendre, protéger sans jamais renoncer à l’exigence.

Durant ces dix mois de commandement, je pus vérifier chaque jour la justesse de cette intuition. En manifestant un respect sincère à chacun de mes soldats, en m’intéressant à sa personnalité, à ses centres d’intérêt, à ses fragilités parfois, je recevais en retour une loyauté que nul règlement n’aurait pu imposer.

Je n’oublierai jamais cette phrase qu’un ancien milicien, âgé de dix-huit ans à l’époque, au parcours de vie chaotique, me confia plus de quarante ans plus tard :

« Vous avez été, mon Lieutenant, le premier qui m’ai regardé et accepté pour ce que j’étais… mais surtout pour ce que je n’étais pas. »

Une autre source d’inspiration déterminante me vint de l’officier breveté d’état-major qui commandait notre unité : le lieutenant-colonel Antheunissens. Il incarnait une autorité naturelle faite d’aisance, de charisme et, surtout, d’une proximité rare avec ses officiers comme avec la troupe.

Il fallait l’avoir vu, au cœur de la nuit, descendre dans les tranchées creusées par ses fusiliers transis de froid, converser longuement avec chacun d’eux, s’enquérir de leurs peurs, de leur fatigue, de leur inconfort, pour comprendre ce qu’est, en vérité, le miracle de la proximité.

C’est à ce moment que je fis mienne cette maxime attribuée au maréchal Rommel :

« Rien ne vaut l’exemple d’un chef. Plus il viendra de haut, plus il portera de fruits. »

Mais de quel exemple parle-t-on réellement ?

L’exemple, la proximité, la légitimité

Dans le monde professionnel, les compétences techniques et les processus structurés sont indispensables. Ils ne suffisent pourtant pas à créer des équipes performantes et engagées. Ce qui fait la différence, durablement, tient à trois piliers : l’exemplarité du leader, sa proximité physique et humaine, et sa crédibilité issue de l’expérience vécue.

Le leadership par l’exemple consiste à montrer, par ses actes, ce que l’on attend des autres. Lorsqu’un manager respecte les règles qu’il édicte, assume ses responsabilités et incarne les comportements qu’il promeut, il inspire naturellement confiance et adhésion. Le message cesse d’être théorique : il devient tangible.

Dans des environnements exigeants comme l’industrie pharmaceutique — où la rigueur, la conformité et la responsabilité ne souffrent aucun compromis — cette exemplarité peut faire la différence entre la maîtrise et l’échec opérationnel.

Mais l’exemple, à lui seul, ne suffit pas. La proximité est son prolongement naturel. Être présent sur le terrain, accessible, visible, à l’écoute, permet de comprendre la réalité quotidienne des équipes, d’ajuster les décisions aux contraintes réelles et de créer un climat de confiance propice à l’expression des difficultés comme des idées.

Enfin, la puissance d’un manager s’accroît encore lorsqu’il parle avec l’autorité de l’expérience. Celui qui a démontré sa capacité à faire le métier de ses collaborateurs décide avec justesse. Il corrige sans humilier. Il juge sans arbitraire. Et surtout, il est écouté, parce qu’il sait exactement de quoi il parle.

La combinaison de ces trois dimensions — l’exemple, la proximité et la légitimité opérationnelle — transforme le manager en véritable leader. Il ne se contente plus de diriger : il influence, fédère et inspire.

Conclusion

Un bon manager ne gouverne pas depuis un bureau. Il montre l’exemple, partage le terrain et s’exprime avec la crédibilité de celui qui a vécu ce qu’il exige.

Comme le rappelait Rommel, l’exemplarité porte des fruits. Mais elle n’en porte pleinement que lorsqu’elle est incarnée, vécue au quotidien, et soutenue par une connaissance intime du travail de ceux que l’on conduit.

Emmanuel de Ryckel

« Performance Collective : la dynamique silencieuse du compromis à la belge »

Le compromis à la belge : un modèle de gouvernance collaborative sous contrainte temporelle — éclairé par une expérience de terrain.

En entrant dans le monde de la Supply Chain au sein de l’industrie pharmaceutique, j’ai eu la chance de bénéficier d’un mentorat singulier. Mon mentor — une femme remarquable, à la fois brillante et volontaire, mais très différente de moi sur le plan du tempérament — m’enseignait une vision classique du rôle de planificateur : « Tu décides, ils exécutent. »

Une approche directe, presque militaire.

Même à la sortie de mon service militaire, où j’avais commandé un peloton d’infanterie en tant que jeune officier, cette manière de fonctionner me restait profondément étrangère.

Cette divergence méthodologique m’avait d’ailleurs valu, non sans humour, le surnom de « Monseigneur », tandis que je l’appelais affectueusement « la Baronne », mélange d’amitié, de respect et d’ironie.

Ma manière de travailler reposait sur un autre fondement : la conviction que la performance collective naît du dialogue, pas de l’autorité verticale.

Pour planifier efficacement, je passais du temps avec mes interlocuteurs : expliquer mes scénarios, partager les enjeux clients, écouter leurs contraintes, comprendre leurs priorités opérationnelles.

L’objectif restait clair et non négociable : assurer le service au client tout en garantissant l’efficacité pour l’entreprise — deux exigences parfois en tension, mais jamais incompatibles lorsqu’on adopte une approche collaborative structurée.

Ce vécu personnel éclaire directement la philosophie du compromis à la belge, souvent mal compris, parfois caricaturé, mais fondamentalement orienté vers la performance par la co-construction.

Le compromis à la belge : un système de décision collaborative sous contrainte

Loin de l’image d’un processus interminable, le compromis à la belge constitue un modèle de gouvernance polycentrique, particulièrement pertinent pour les organisations où les enjeux sont multiples et les parties prenantes interdépendantes.

1. Co-construction et légitimité partagée

La logique de décision repose sur un principe central : aucune partie ne détient l’ensemble des leviers.

Cela impose une gouvernance fondée sur :

• la co-construction,

• la mise en cohérence progressive des intérêts,

• et la légitimité distribuée.

Une dynamique très proche des environnements Supply Chain, où finance, production, qualité et planification doivent converger malgré des objectifs partiels parfois contradictoires.

2. Une négociation time-boxed, et non une dérive interminable

Contrairement au cliché des “500 jours sans gouvernement”, la véritable mécanique du compromis à la belge s’appuie sur des fenêtres temporelles strictes : bouclages budgétaires, échéances réglementaires, contraintes opérationnelles.

Le processus est ouvert dans la méthode, mais fermé dans le temps, selon une logique de time-boxed negotiation largement étudiée en management.

3. La tension productive comme moteur

La scène de deux négociateurs transpirant autour d’une table illustre cette tension productive — un état cognitif et organisationnel qui, lorsqu’il est bien canalisé,

• stimule la créativité,

• accélère la convergence,

• renforce l’engagement dans la solution finale.

C’est précisément cette tension constructive que je vécu dans mon expérience : expliquer, écouter, arbitrer, aligner — tout en maintenant fermement le cap client.

4. Une application directe aux environnements complexes

Dans les entreprises multi-sites, régulées et fortement contraintes, la décision unilatérale produit rarement des résultats durables.

Le modèle du compromis à la belge offre un cadre robuste :

• structuration de la négociation,

• clarification des non-négociables,

• écoute active,

• imagination opérationnelle,

• décisions orientées exécution.

5. Un compromis final robuste parce que partagé

Le consensus obtenu n’est pas mou :

il est robuste, parce qu’il est accepté, compris et exécuté par l’ensemble des acteurs.

C’est ce qui améliore :

• la vitesse de mise en œuvre,

• la qualité opérationnelle,

• l’adhésion interne,

• la résilience organisationnelle.

En somme, le compromis à la belge n’est pas une faiblesse, mais une méthodologie de décision collective performante, en particulier dans les environnements industriels exigeants où l’autorité hiérarchique seule ne suffit pas.

Mon propre parcours l’a parfaitement illustré à de très nombreuses reprises : la performance durable naît moins de l’imposition que de l’alignement intelligent, structuré et orienté vers un objectif commun.

A Sarita 💐

Emmanuel de Ryckel 

5S, Délinquance et Tolérance Zéro : un parallèle inattendu mais éclairant

Dans le monde industriel, la méthode 5S est souvent présentée comme un ensemble de bonnes pratiques destinées à améliorer l’ordre, la propreté et l’efficacité des espaces de travail. Rien, a priori, ne semble la relier à des concepts comme la délinquance ou la tolérance zéro. Et pourtant, plusieurs experts de la qualité et de la performance opérationnelle établissent aujourd’hui un parallèle surprenant : les mécanismes qui conduisent à la dégradation d’un quartier sont très proches de ceux qui mènent à la dégradation d’un système de production.

Le point de convergence se trouve dans un principe comportemental bien connu des criminologues : la théorie des « fenêtres brisées ». Cette théorie avance que lorsqu’une petite dégradation n’est pas réparée – une vitre cassée, un graffiti, un déchet abandonné – elle envoie le signal que l’environnement n’est plus surveillé. Peu à peu, d’autres incivilités apparaissent, puis, à terme, des actes de délinquance plus sérieux.

En milieu industriel, les experts reconnaissent une mécanique identique. Un outil laissé hors de son emplacement, un poste de travail non nettoyé, une identification manquante sur un produit ou un chariot : autant de « petites fenêtres brisées » qui, si elles ne sont pas corrigées immédiatement, finissent par installer un climat de tolérance implicite à la déviation. De proche en proche, c’est la rigueur du système qui s’érode, jusqu’à générer des incidents qualité, des non-conformités, voire des situations à risque pour les opérateurs.

La méthode 5S, développée au Japon et adoptée dans de nombreuses industries mondiales, repose précisément sur le principe inverse : l’élimination systématique de ces micro-écarts. En imposant un cadre strict – chaque outil à sa place, chaque anomalie traitée immédiatement, chaque standard appliqué sans exception – le 5S vise à créer un environnement où l’écart n’a aucune chance de s’installer. Autrement dit, une forme de tolérance zéro appliquée non pas à la sanction, mais à la prévention.

Les défenseurs de ce parallèle assurent que l’enjeu dépasse largement la simple organisation d’un atelier. Selon eux, il s’agit d’un véritable mécanisme de protection du système : empêcher que de petits relâchements ne viennent fragiliser l’ensemble de la chaîne de production. Un principe qui, transposé au quotidien, rappelle que la performance industrielle se construit moins sur des initiatives ponctuelles que sur une discipline collective constante.

Ainsi, si la comparaison entre 5S et délinquance peut sembler audacieuse, elle met en lumière une vérité opérationnelle essentielle : la robustesse d’un environnement – qu’il soit urbain ou industriel – dépend d’abord de la manière dont les moindres écarts sont traités. La tolérance zéro n’est ici ni une posture répressive ni un slogan, mais une condition de stabilité. Et c’est sans doute dans cette vigilance quotidienne que se joue la performance durable des organisations

Emmanuel de Ryckel

Sourcing and Procurement: Getting the Balance Right

By Emmanuel de Ryckel

In supply chain management, I’ve often heard people use sourcing and procurement as if they were one and the same. To me, they’re not. In fact, confusing the two is one of the reasons why so many brilliant strategies end up stumbling when it’s time to execute.

Sourcing, as I see it, is the real upstream process. It’s where we take the time to understand markets, identify potential suppliers, and build strategies that align with the company’s long-term goals. It’s a space for analysis and anticipation — defining what we should buy, from whom, and under what framework. It’s also about partnership: finding suppliers who bring innovation, reliability, and sometimes even inspiration.

Procurement, by contrast, is the execution arm. It’s what makes sourcing operational — ensuring that what was imagined upstream can actually work in day-to-day business. Procurement translates strategy into reality: placing orders, enforcing contracts, managing supplier performance, resolving issues, and keeping operations running smoothly.

Where things often go wrong is in the timing. Too frequently, procurement is only brought in once the sourcing decisions have been made — when the “deal” is done and execution is expected to follow. But by then, it’s often too late to flag the practical constraints, systems limitations, or compliance issues that could have been anticipated earlier.

That’s why I strongly believe procurement should be involved from the very start of any sourcing strategy. Their experience in daily operations brings a vital dose of realism. It helps ensure that the grand strategic vision doesn’t get lost in translation once it meets the real world.

In short: sourcing defines the “why” and the “how,” while procurement ensures the “how” actually happens. When these two functions move together — not in sequence, but in sync — the supply chain becomes far more than a cost center. It turns into a genuine driver of performance, agility, and long-term value.

Goldfish Memory Can’t Drive Sustainable Performance

It is amaizing to observe that, in many organizations, strategic and operational gains in Supply Chain Planning often vanish like snow in the sun as soon as a new manager arrives. This is typically valid in supply chain management. I’ve never seen this in quality management for example . Suddenly, this manager seems afflicted by the goldfish syndrome, with a memory regrettably confined to the walls of their own bowl.

Some leaders, obsessed with “making their mark,” rush to reinvent the wheel, overlooking that true managerial power most often lies in the ability to build on what already works—both within and outside the organization.

Modesty is not a weakness; it is the lever of strategic continuity that transforms accumulated experience into tangible competitive advantage.

In the battlefield that is the supply chain, modesty becomes a strategic weapon: it allows organizations to capitalize on historical experience, strengthen critical flows, and deploy resources where they generate maximum impact.

Relearning what has already been mastered is equivalent to launching unnecessary assaults on positions already secured, wasting time and resources that enlightened leaders would instead invest in innovation and the pursuit of new opportunities.

In short, in the relentless game of Supply Chain Planning, only clear-eyed observation, combined with disciplined and humble execution, can turn organizational heritage into lasting competitive advantage and elevate the company into a true logistical powerhouse.

In the war of flows and inventory, reinventing the wheel is not a sign of courage—it is an act of weakness. True conquerors leverage knowledge already gained to move faster, farther, and higher.

Emmanuel de Ryckel

EXCESSIVE CENTRALIZATION, OR THE SLOW AGONY OF LIVING ORGANIZATIONS

There is a striking parallel between nations and large corporations.

They are born out of enthusiasm, grow in an unstructured manner, and often end up becoming stuck in their own certainty. The history of France, built on centralization, is a microcosm of that of many industrial groups: the same desire for control, the same virtues, and sometimes the same dangers.

The temptation of corporate Versailles

When a company grows, it naturally seeks to protect itself from disorder.

It creates a headquarters, structures, procedures, and “centers of excellence.”

Everything goes up to the top, everything comes back down through official channels.

It’s a reassuring tendency: it makes us believe we have better control over complexity.

But the risk is an old one: the center, which has become the “corporate Versailles,” begins to think it knows better than those who live the daily reality of the market, the laboratory, or the field.

So, like the kings of France before the Revolution, it surrounds itself with a court of experts, rituals, and dashboards—and ends up no longer hearing the murmurings of reality.

During my professional career, I have had the opportunity to interact with a variety of operational and organizational models:

The balanced model: temperate monarchy

A number of organizations manage to strike the right balance.

Their center is strong, providing vision and ensuring consistency, but local entities retain the freedom to adapt, experiment, and innovate.

It is a form of temperate monarchy, where authority does not stifle creativity.

The headquarters enlightens, guides, and inspires—without stifling.

This type of organization remains consistent without becoming rigid, unified without being uniform.

The secret lies in trust: that of a center that accepts that intelligence is not limited to its walls, and that of the periphery that recognizes the value of a shared vision.

The decentralized model: the republic of provinces

Other companies have opted for a more organic, almost artisanal model.

They prefer local freedom to global symmetry.

Each entity acts as an autonomous workshop, rooted in its territory, responsible for its own choices, but faithful to the same philosophy.

Here, the link between headquarters and sites is not administrative: it is cultural.

This model does not always shine in terms of speed, but it compensates with its human depth and adaptability.

It is the France of cathedrals rather than Versailles: each construction site has its own form, but they all build the same structure.

The hypertrophied model: the temptation of the large center

Finally, after years of diversity, some companies seek to “rationalize.”

They want to harmonize, globalize, and standardize.

The intention is good: to ensure consistency, avoid redundancies, and strengthen the visibility of headquarters.

But by trying too hard to control, they end up sterilizing the organization.

Decisions become slow, creativity dies out, and local teams stop taking risks.

The organization gains in clarity but loses vitality.

It becomes a beautiful machine—but one whose springs are gradually loosening.

It’s the same paradox that great civilizations have experienced:

when the center becomes too perfect, life gradually disappear.

The cycles of power

Here we see the classic cycle of empires, whether political or industrial:

Decentralized expansion: pioneers innovate, disorder is fertile. Centralized structuring: order prevails, rules are established. Bureaucratic rigidity: fear of the unexpected replaces confidence. Crisis or rebirth: depending on the center’s ability to breathe new life into its margins.

Civilizations die when those in power stop listening to their provinces.

Companies decline when headquarters no longer perceives the life of its subsidiaries and factories.

Towards organic centralization

The challenge is not to choose between centralization and autonomy, but to create a dynamic movement between the two.

A center that guides without dominating, that coordinates without controlling.

A center that acts not as a distant brain, but as a heart: it pulses, it connects, it energizes.

The future belongs to organizations capable of combining global rigor with local sensitivity—

those where strategy flows down, but experience flows up.

It is this circulation, not pure verticality, that gives the whole its breathing space.

Conclusion: the respiration of empires

Nations and companies die from the same disease: deafness at the center.

They are reborn when they understand that intelligence is diffuse, that it circulates, that it feeds on exchange.

Centralization, when used in moderation, gives strength.

When taken to excess, it becomes a slow suffocation.

An organization, like a civilization, does not last because it controls everything,but because it listens to what makes it alive.

Emmanuel de Ryckel

(Reflections on industrial governance and the dynamics of civilizations)

LA CENTRALISATION A OUTRANCE, OU LA LENTE AGONIE DU VIVANT

Il existe une étrange parenté entre les nations et les grandes entreprises.

Elles naissent dans l’élan, croissent dans l’ordre, et finissent souvent par se figer dans leur propre certitude.

L’histoire de la France, construite sur la centralisation, raconte en miniature celle de bien des groupes industriels : le même désir de maîtrise, les mêmes vertus, et parfois, les mêmes dangers.

La tentation du Versailles corporatif

Quand une entreprise grandit, elle cherche naturellement à se protéger du désordre.

Elle crée un siège, des structures, des procédures, des “centres d’excellence”.

Tout remonte au sommet, tout redescend par les canaux officiels.

C’est une tentation rassurante : on croit ainsi mieux contrôler la complexité.

Mais le risque est ancien : le centre, devenu le “Versailles corporatif”, se met à penser qu’il sait mieux que ceux qui vivent le quotidien du marché, du laboratoire ou du terrain.

Alors, comme les rois de France avant la Révolution, il s’entoure d’une cour d’experts, de rituels, de tableaux de bord — et finit par ne plus entendre le bruissement du réel.

Au cours de mon parcours professionnel, j’ai eu l’opportunité d’interagir avec une diversité de modèles opérationnels et organisationnels:

Le modèle équilibré : la monarchie tempérée

Certaines organisations parviennent pourtant à maintenir un juste équilibre.

Leur centre est fort, porteur de vision, garant de cohérence, mais les entités locales conservent la liberté d’adapter, d’expérimenter, d’innover.

C’est une forme de monarchie tempérée, où l’autorité ne s’oppose pas à la respiration.

Le siège éclaire, oriente, inspire — sans étouffer.

Ce type d’organisation reste cohérente sans devenir rigide, unifiée sans être uniforme.

Le secret réside dans la confiance : celle d’un centre qui accepte que l’intelligence ne se limite pas à ses murs, et celle de la périphérie qui reconnaît la valeur d’une vision commune.

Le modèle décentralisé : la république des provinces

D’autres entreprises ont choisi un modèle plus organique, presque artisanal.

Elles préfèrent la liberté locale à la symétrie globale.

Chaque entité agit comme un atelier autonome, ancré dans son territoire, responsable de ses choix, mais fidèle à une même philosophie.

Ici, le lien entre le siège et les sites n’est pas administratif : il est culturel.

Ce modèle ne brille pas toujours par sa rapidité, mais il compense par sa profondeur humaine et sa capacité d’adaptation.

C’est la France des cathédrales plus que celle de Versailles : chaque chantier a sa forme, mais tous construisent la même voûte.

Le modèle hypertrophié : la tentation du grand centre

Enfin, certaines entreprises, après des années de diversité, cherchent à “rationaliser”.

Elles veulent harmoniser, globaliser, uniformiser.

L’intention est bonne : garantir la cohérence, éviter les redondances, renforcer la visibilité du siège.

Mais à trop vouloir maîtriser, on finit par stériliser.

Les décisions deviennent lentes, la créativité s’éteint, les équipes locales cessent d’oser.

L’organisation gagne en clarté ce qu’elle perd en vitalité.

Elle devient une belle mécanique — mais dont les ressorts se détendent peu à peu.

C’est le même paradoxe qu’ont connu les grandes civilisations :

lorsque le centre devient trop parfait, le vivant se retire.

Les cycles du pouvoir

On retrouve ici le cycle classique des empires, politiques ou industriels :

L’expansion décentralisée : les pionniers innovent, le désordre est fécond. La structuration centralisée : l’ordre s’impose, les règles se fixent. La rigidité bureaucratique : la peur de l’imprévu remplace la confiance. La crise ou la renaissance : selon la capacité du centre à redonner souffle à ses marges.

Les civilisations meurent quand le pouvoir cesse d’écouter leurs provinces.

Les entreprises déclinent quand le siège ne perçoit plus la vie de leurs filiales, de leurs usines.

Vers une centralisation organique

Le défi n’est pas de choisir entre centralisation et autonomie, mais de créer un mouvement vivant entre les deux.

Un centre qui oriente sans dominer, qui coordonne sans contrôler.

Un centre qui agit non comme un cerveau distant, mais comme un cœur : il pulse, il relie, il nourrit.

L’avenir appartient aux organisations capables de combiner la rigueur du global et la sensibilité du local —

celles où la stratégie descend, mais où l’expérience remonte.

C’est cette circulation, et non la verticalité pure, qui donne sa respiration au tout.

Conclusion : la respiration des empires

Les nations comme les entreprises meurent de la même maladie : la surdité du centre.

Elles renaissent lorsqu’elles comprennent que l’intelligence est diffuse, qu’elle circule, qu’elle se nourrit d’échanges.

La centralisation, bien dosée, donne la force.

Poussée à l’excès, elle devient une lente asphyxie.

Une organisation, comme une civilisation, ne dure pas parce qu’elle contrôle tout,

mais parce qu’elle écoute ce qui la fait vivre.

Emmanuel de Ryckel

(Réflexion sur la gouvernance industrielle et la dynamique des civilisations)

QUAND UNE MÉMOIRE DE POISSON ROUGE DIRIGE, LA PERFORMANCE SE TAIT !

Il est édifiant de constater que, dans de nombreuses organisations, les acquis stratégiques et opérationnels en Supply Chain Planning s’évanouissent comme neige au soleil dès l’arrivée d’un nouveau manager. Celui semble soudain atteint du syndrome du poisson rouge dont la mémoire se limite hélas aux parois de son bocal .

Certains leaders, obsédés par l’idée de “marquer leur territoire”, s’empressent de réinventer la roue, ignorant que le véritable pouvoir managérial réside le plus souvent dans la capacité à capitaliser sur ce qui fonctionne déjà, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’organisation.

La modestie n’est pas une faiblesse : elle est le levier d’une continuité stratégique qui transforme l’expérience accumulée en avantage compétitif concret.

Dans ce champ de bataille qu’est la chaîne d’approvisionnement, la modestie se transforme en arme stratégique : elle permet de capitaliser sur l’expérience historique, de renforcer les flux critiques et de déployer les ressources là où elles génèrent un impact maximal.

Réapprendre ce qui a déjà été maîtrisé équivaut à mener des assauts inutiles sur des positions déjà conquises, dilapidant du temps et des moyens que des leaders éclairés investiraient dans l’innovation et la conquête de nouvelles opportunités.

Bref, dans le jeu impitoyable du Supply Chain Planning, seule une observation lucide, combinée à une exécution disciplinée et humble, permet de transformer l’héritage organisationnel en avantage concurrentiel durable, et d’ériger l’entreprise en véritable empire logistique.

Dans la guerre des flux et des stocks, réinventer la roue n’est pas un signe de bravoure : c’est un acte de faiblesse. Les véritables conquérants exploitent le savoir déjà conquis pour avancer plus vite, plus loin et plus haut.

EMMANUEL de RYCKEL

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