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TRANSITION MANAGEMENT IN SUPPLY CHAIN

(from STRATEGY to EXECUTION)

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“J’AURAIS VOULU ETRE UN ARTISTE….”, ET JE PENSE BIEN QUE J’Y SUIS ARRIVE.

Quel culot, pourrait-on penser, d’assumer un tel titre dans un environnement aussi normé et réglementé que celui de l’industrie pharmaceutique. Est-ce de l’inconscience ? Ou, au contraire, l’expression d’une confiance patiemment construite au fil des années et de l’expérience ?

Il y a plus de vingt-cinq ans, mon patron de l’époque — Vic Boddy, alors Directeur Industriel France chez SB — avait pris l’habitude de me surnommer « l’artiste ». Un qualificatif à double tranchant dans un univers où la rigueur, la conformité et la standardisation sont des prérequis absolus. À l’époque, je n’en mesurais ni la portée ni la pertinence.

Ce n’est que bien plus tard, notamment à la lumière d’outils de compréhension des profils cognitifs comme le HBDI, que cette perception s’est clarifiée. Nos différences, loin d’être un obstacle, constituaient une complémentarité précieuse. Là où certains sécurisent, organisent et optimisent, d’autres explorent, questionnent et ouvrent des voies nouvelles.

Avec le recul, ce surnom n’avait finalement rien d’anecdotique. Il traduisait une manière singulière d’aborder les problématiques industrielles : penser autrement, créer de la valeur à partir des contraintes, et transformer la complexité opérationnelle en levier de performance.

Par la suite j’ai décidé d’assumer pleinement ce positionnement en embrassant le statut de free-lance, et de faire de ces qualités parfois perçues comme suspectes dans le monde industriel — liberté de pensée, créativité disciplinée, regard transversal — une véritable proposition de valeur. Elles sont devenues le cœur de mon fonds de commerce, au service d’organisations confrontées à des environnements toujours plus complexes.

Depuis plus de vingt-cinq ans, j’évolue ainsi au cœur des fonctions Supply Chain de l’industrie pharmaceutique. Sur le terrain opérationnel, au plus près des équipes, des flux critiques et des décisions quotidiennes, j’ai appris que la performance durable ne naît ni de la seule conformité ni de la seule créativité, mais de leur articulation maîtrisée.

Dans un environnement où la sécurité des patients, la continuité d’approvisionnement et la conformité réglementaire sont non négociables, la Supply Chain impose rigueur, méthode et discipline. Mais elle exige tout autant une capacité à anticiper, à arbitrer et à donner du sens dans la complexité. C’est dans cette tension permanente que se construit la valeur opérationnelle.

Au fil de ce parcours, j’ai eu la chance de m’épanouir pleinement dans cette posture, d’y trouver une source durable de fierté et de satisfaction, et de démontrer qu’il est possible de concilier excellence opérationnelle, engagement humain et accomplissement personnel.

Être artiste dans un environnement réglementé ne consiste pas à s’affranchir des règles, mais à savoir créer avec elles, à transformer les contraintes en leviers, à sécuriser l’exécution tout en ouvrant des perspectives nouvelles, et à faire émerger de la valeur là où d’autres ne perçoivent que des limites.

Aujourd’hui, grâce à mon projet d’album HENRI SALVADOR, en mobilisant tout ce que j’ai appris ces dernières années — de la faculté d’Economie & Finances à mes multiples expériences industrielles — je suis entré de plain-pied dans le monde des artistes, comme si cela avait toujours été mon destin. De rencontres en rencontres, de Visions transformées en actions, j’ai créé un album “MARCOS VALLE présente HENRI SALVADOR DO BRASIL” qui a suscité l’intérêt de l’un des majors de l’industrie musicale : Universal Music.

Le défi pour cette année 2026 sera de lui faire atteindre le maximum d’auditeurs et d’acheteurs de la France au Brésil, en passant par le Japon, les EU, le Portugal, la Belgique, les Pays-Bas, le Québec …

Finalement, n’est-ce pas exactement ce que je fis depuis toujours , suivre le message de Jacques Brel :

« Il faut passer le restant de son existence à atteindre ses rêves d’enfant. »

Emmanuel de Ryckel

Executive Advisor & Manager de transition – Supply Chain, Industrie pharmaceutique

Stratégie & Opérations • Transformation • Performance sous contraintes réglementaires

I WANTED TO BE AN ARTIST AND I MADE IT HAPPEN . 

This statement may come as a surprise—perhaps even provoke questions—in a sector as highly regulated as the pharmaceutical industry. It does not refer to a romantic or spectacular notion of artistry, nor to a search for originality for its own sake. Rather, it reflects a demanding understanding of what it means to be an artist: disciplined freedom of thought, unwavering commitment to one’s convictions, and the courage to pursue a distinctive professional path within strict frameworks.

It is precisely at the intersection of freedom and constraint that, for more than twenty-five years, I have built my career at the heart of pharmaceutical Supply Chain functions. On the operational frontline—working closely with teams, critical flows and day-to-day decision-making—I have learned that sustainable performance is born neither from compliance alone nor from creativity alone, but from their deliberate and balanced integration.

In an environment where patient safety, continuity of supply and regulatory compliance are non-negotiable, the Supply Chain becomes a space of absolute rigor. It demands method, discipline and reliability. Yet it also requires the ability to think differently, to anticipate, to arbitrate and to create clarity in complexity. It is within this constant tension that operational value is built.

Over these twenty-five years, I have had the opportunity to fully thrive in this role, finding in it a lasting source of pride and fulfillment. My experience has confirmed that operational excellence, human commitment and personal accomplishment are not contradictory, but mutually reinforcing when they are consciously embraced.

In organizations where compliance is non-negotiable, being an artist does not mean breaking the rules. It means creating with them—turning constraints into levers, securing execution while opening new perspectives, and generating value where others see only limitations.

Where others see constraints, the Supply Chain artist creates value—on the ground, within the framework, and in service of sustainable performance.

EMMANUEL DE RYCKEL

#universalmusicfrance

#marcosvalle #henrisalvador #brasil #seujorge

POURQUOI JE ME SUIS TANT PASSIONNÉ POUR RIO DE JANEIRO ?

En 2004, alors qu’il y avait sept ans déjà que j’avais découvert le Brésil par un hasard professionnel que je devais à #SMITHKLINEBEECHAM j’avais écrit ce petit texte 20 ans plus tard, je n’en changerais pas une lettre.

Il y n’y a pas si longtemps, pour moi comme pour des millions de gens à travers la planète, le mot Brésil rimait avec Futebol, Carnaval, Mulata, Samba ou Favela …

En quatre-vingt-dix-sept, par un pur concours de circonstances, je mis pour la première fois le pied au Brésil , plus exactement à l’aéroport Antonio Carlos Jobim de Rio de Janeiro.

Depuis la première seconde, je suis tombé amoureux de ce pays, avec sa chaleur, ses odeurs fauves, son peule métissé et spontané qui me ramena sans doute à de lointaines sources africaines.

Quelques années et bien des voyages plus tard, de contacts professionnels en idylles musicales, ma vision du Brésil a grandi et s’est transformée en rêve et passion.

 

Au delà des visions de cartes postales colorées, le Brésil c’est avant tout l’ingéniosité démontrée au plus haut niveau avec Embraer, le leader mondial dans la construction des avions d’affaire.

Le Brésil c’est l’élégance à travers ses stylistes de mode qui de Sao Paulo à Rio rayonnent aujourd’hui largement à travers les autres continents avec son actuel porte drapeau, Gisèle Bündchen.

 

Le Brésil, c’est le raffinement de sa joaillerie, mais surtout l’esthétique sobre et chaleureuse, les courbes à la fois voluptueuses et fines de l’architecte Oscar Niemeyer.

Le Brésil, c’est la douceur des mots à travers les œuvres de Jorge Amado, de Carlos Drummond de Andrade, de Paulo Coelho, …

 

Le Brésil, c’est aussi un petit quartier de 110 ans, Ipanema, encerclé par la montagne, les plages, la mer et la lagune, avec ses bars, ses restaurants, ses boutiques, d’où jaillit un jour une musique de rêve, celle de Tom Jobim, de Vinicius de Moraes, Joao Gilberto, Carlos Lyra ou Baden Powel, plus tard Marcos Valle  …

 

C’est cette musique-là, « blanche et noire à la fois, faites de rythmes et de rimes», la Bossa nova, plus que tout autre chose, qui m’a fait aimer ce pays. Au carrefour entre musique classique et populaire, elle est une forme tellement naturelle et si particulière d’expression de l’âme et de la nationalité brésilienne. Sa capacité à assimiler les rythmes européens de la Polka ou de la valse, nord-américains du jazz, afro-brésiliens de la samba fait qu’à elle seule dans ce rythme je retrouve le charme et l ’attrait des cultures qui font le charme de toute une vie.

 

Emmanuel de Ryckel

(Rio, le 5 Décembre 2004)

Porque eu gosto tanto do Brasil ?

Em 2004, sete anos depois de descobrir o Brasil, escrevi isso. 20 anos depois, eu não teria mudado uma palavra

Porque eu gosto tanto do Brasil ?

Não faz muito tempo, para mim e para milhões de pessoas em todo o planeta, a palavra Brasil rimava com futebol, carnaval, mulata, samba ou favela…

Em 1997, por puro azar, para meu trabalho na Smithkline Beecham, cheguei ao Brasil pela primeira vez, no aeroporto Antonio Carlos Jobim, no Rio de Janeiro.

Desde o primeiro momento, eu me apaixonei por esse país, com seu calor, seus cheiros selvagens, seu povo mestiço e espontâneo que, sem dúvida, me levou de volta às minhas antigas origens africanas.

Alguns anos e muitas viagens depois, de contatos profissionais a idílios musicais, minha visão do Brasil se transformou em um sonho e uma paixão.

Além das visões coloridas dos cartões postais, o Brasil é, acima de tudo, engenhosidade demonstrada no mais alto nível com a Embraer, líder mundial na construção de aeronaves executivas.

O Brasil é elegância por meio de seus designers de moda que, de São Paulo ao Rio, agora irradiam pelos outros continentes com seu atual porta-estandarte, Gisèle Bündchen.

O Brasil é o refinamento de suas joias, mas, acima de tudo, a estética sóbria e calorosa e as curvas voluptuosas e elegantes do arquiteto Oscar Niemeyer.

O Brasil é a doçura das palavras através das obras de Jorge Amado, Carlos Drummond de Andrade, Paulo Coelho, …

O Brasil também tem um pequeno bairro de 110 anos, Ipanema, cercado por montanhas, praias, mar e lagoa, com seus bares, restaurantes e lojas, onde um dia surgiu a música dos sonhos, a música de Tom Jobim, Vinicius de Moraes, João Gilberto, Carlos Lyra ou Baden Powel, e mais tarde Marcos Valle…

Foi essa música, “branca e negra ao mesmo tempo, feita de ritmos e rimas”, a Bossa Nova, mais do que qualquer outra coisa, que me fez amar este país. No cruzamento da música clássica e popular, é uma forma tão natural e especial de expressão da alma e da nacionalidade brasileira. Sua capacidade de assimilar os ritmos europeus da polca ou da valsa, os ritmos norte-americanos do jazz e os ritmos afro-brasileiros do samba faz com que eu encontre nesse ritmo o encanto e o apelo das culturas que compõem o encanto de uma vida inteira.

Emmanuel de Ryckel

(Rio, 5 de dezembro de 2004)

23 anos depois no réveillon de 2025 em Ipanema com @MARCOS VALLE

Pierre Fabre do Brasil, Areal (RJ) – “Une usine, un pari, une décennie”

Il y a dix ans, l’idée même de préserver cette usine semblait presque naïve.

À l’époque, l’usine Pierre Fabre de Rio de Janeiro était analysée comme un actif à fermer. Les scénarios étaient prêts, les chiffres alignés, la décision paraissait rationnelle.

Mais sur le terrain, quelque chose résistait.

Des équipes qui continuaient à croire. Un site industriel encore vivant. Et cette question, simple et dérangeante, posée par de nombreux acteurs locaux : comment expliquer que ceux qui croient au Brésil investissent, pendant que d’autres se retirent ?

Peu à peu, le regard a changé.

Ce lieu n’était plus seulement une usine.

Il devenait un socle.

Pas un centre de coûts, mais une promesse industrielle.

Pas un héritage à solder, mais un levier pour l’Amérique latine.

Cette trajectoire demandait du temps, de la constance et un courage managérial discret : celui qui consiste à défendre une vision de long terme lorsque le court terme rassure davantage. Elle s’est construite localement, au plus près du terrain, dans la complexité réelle d’un projet de transformation industrielle.

Dix ans plus tard, voir ce site annoncé comme centre de production pour l’Amérique latine donne à cette histoire une résonance particulière.

Elle rappelle que certaines décisions ne prennent tout leur sens qu’avec le temps — et que conduire localement une transformation de cette ampleur laisse une marque durable, bien au-delà des fonctions et des titres.

Car les projets les plus forts ne sont pas ceux que l’on termine.

Ce sont ceux que l’on est fier de voir réussir… longtemps après.

Emmanuel de Ryckel

Pierre Fabre – Areal “Uma fábrica, um desafio, uma década”. 

Há dez anos, preservar essa fábrica parecia quase ingênuo.

Na época, a unidade da Pierre Fabre em Areal, no estado do Rio de Janeiro, era analisada como um ativo a ser encerrado. Os cenários estavam prontos, os números alinhados, a decisão parecia racional.

Mas, no terreno, algo resistia.

Equipes que continuavam acreditando no futuro. Uma planta industrial viva. E uma pergunta simples, mas desconcertante, repetida por muitos atores locais: como explicar que todos aqueles que acreditam no Brasil investem, enquanto outros optam por sair?

Aos poucos, uma nova leitura começou a se impor.

Aquela fábrica deixou de ser apenas uma unidade industrial.

Passou a ser um alicerce.

Não mais um centro de custos, mas uma promessa industrial.

Não um legado a ser encerrado, mas uma plataforma para a América Latina.

Essa trajetória exigiu tempo, constância e um tipo particular de coragem gerencial — a de sustentar uma visão de longo prazo quando o curto prazo parece mais confortável. Ela foi construída localmente, próxima da realidade do chão de fábrica, no contexto complexo de uma transformação industrial profunda.

Dez anos depois, o anúncio dessa unidade como centro de produção para a América Latina dá a essa história uma ressonância especial.

Ele lembra que algumas decisões só revelam todo o seu sentido com o tempo — e que conduzir localmente um projeto dessa magnitude deixa uma marca duradoura, muito além dos cargos ou funções ocupadas.

Porque os projetos mais fortes não são aqueles que simplesmente se concluem.

São aqueles que permanecem motivo de orgulho… muito tempo depois.

Emmanuel de Ryckel

Posture managériale et leadership de proximité : une approche structurante pour les organisations industrielles

Ou l’art de ne pas laisser les “Singes” changer d’épaule

Introduction

Dans les environnements industriels à forte contrainte réglementaire, tels que l’industrie pharmaceutique, la fonction managériale ne peut se limiter à une supervision opérationnelle. Elle engage une posture de leadership qui conditionne à la fois la performance collective, la qualité de la prise de décision et la maturité des équipes.

Le présent texte propose une approche du management inspirée de ma propre expérience mais repose également sur mes lectures relatives à la pensée stratégique française — notamment celle du général Charles de Gaulle (Le Fil de l’épée) et du général Pierre de Villiers ( L’art d’être chef) — appliquée aux réalités contemporaines de l’entreprise. Il vise en particulier à éclairer les choix structurants auxquels est confronté un nouveau manager lors de sa prise de fonction.

1. La présence managériale comme acte fondateur

L’un des premiers arbitrages auxquels est confronté un manager nouvellement nommé concerne son positionnement physique et symbolique :

  • exercer son rôle depuis un espace dédié aux managers,
  • ou s’installer au cœur de l’équipe, dans un espace partagé.

Ce choix dépasse la seule organisation du travail. Il constitue un signal managérial fort.

Une présence au sein de l’équipe favorise :

  • l’accessibilité du manager,
  • la compréhension fine des contraintes opérationnelles,
  • la circulation de l’information informelle,
  • la construction d’un climat de confiance.

Cette proximité, toutefois, ne doit pas conduire à une dilution de l’autorité. Comme le souligne Charles de Gaulle, le chef doit conserver une distance fonctionnelle, condition nécessaire à l’exercice de la décision, à l’incarnation du cap et à la reconnaissance de son rôle par le collectif.

La posture managériale efficace repose ainsi sur un équilibre maîtrisé entre proximité opérationnelle et hauteur stratégique.

2. Proximité et autorité : un équilibre structurant

Le leadership ne se résume ni à la verticalité hiérarchique ni à la simple collégialité. Il s’inscrit dans une logique de présence incarnée, où le manager partage le quotidien de son équipe sans s’y confondre.

La « part de mystère » évoquée par De Gaulle dans “Le Fil de l’épée ‘ ne renvoie pas à une opacité relationnelle, mais à la capacité du manager à :

  • préserver un espace de réflexion propre,
  • assumer des décisions parfois impopulaires,
  • incarner une vision au-delà du présent immédiat.

Cette distance symbolique est essentielle pour maintenir la lisibilité du rôle managérial et éviter une confusion des responsabilités.

3. Répartition des rôles et modes de fonctionnement cognitifs (HBDI)

Le modèle HBDI (Herrmann Brain Dominance Instrument) offre un cadre pertinent pour analyser la répartition des rôles au sein d’une équipe.

Dans cette perspective, le manager doit prioritairement investir :

  • les modes Jaune (vision, projection, innovation, stratégie),
  • les modes Rouge (relations, communication, engagement).

Ces dimensions correspondent aux responsabilités fondamentales du manager :

  • donner du sens à l’action collective,
  • projeter l’équipe vers l’avenir,
  • mobiliser et aligner les énergies individuelles.

Les modes Bleu (analyse, rigueur, conformité) et Vert (organisation, planification, exécution) relèvent principalement des collaborateurs et des experts métiers. Une implication ponctuelle du manager dans ces registres est utile pour assurer la crédibilité technique et la compréhension des contraintes, mais une présence excessive constitue un désalignement du rôle managérial.

4. Le risque de la sur-prise en charge : la métaphore du “singe”

Un risque classique du management de proximité réside dans la sur-prise en charge des problématiques opérationnelles.

La métaphore du « singe » illustre ce phénomène : le collaborateur apporte un problème (le singe) au manager. En le prenant à sa charge, le manager soulage temporairement le collaborateur, mais opère un transfert de responsabilité.

À court terme, cette posture peut renforcer la relation individuelle. À long terme, elle engendre plusieurs effets négatifs :

  • déresponsabilisation progressive des collaborateurs,
  • surcharge décisionnelle du manager,
  • affaiblissement de la crédibilité managériale,
  • transformation du manager en point de blocage organisationnel.

La fonction du manager n’est pas de porter les singes, mais de créer les conditions permettant à chacun de gérer les siens, par le cadre, la méthode, l’arbitrage et l’accompagnement.


Conclusion

L’autorité managériale ne se résume ni à la proximité relationnelle ni à la seule capacité décisionnelle. Elle s’exerce dans un équilibre exigeant entre présence sur le terrain, distance symbolique et responsabilité assumée.
Être présent permet de comprendre, d’écouter et d’anticiper.Maintenir une distance fonctionnelle garantit la lisibilité du rôle, la capacité de trancher et l’incarnation du cap.Décider, enfin, engage le manager non à se substituer à ses équipes, mais à leur donner le cadre dans lequel elles peuvent agir pleinement.
La métaphore du « singe » rappelle une vérité essentielle du commandement : un manager qui prend en charge les problèmes à la place de ses collaborateurs affaiblit progressivement l’autonomie collective et sa propre autorité. À l’inverse, refuser que les singes changent d’épaule ne signifie pas abandonner, mais responsabiliser, accompagner et élever le niveau de maturité de l’organisation.
C’est dans cette capacité à rester proche sans se confondre, à guider sans faire à la place, que se construit une autorité durable — une autorité reconnue, non imposée, et pleinement au service de la performance collective.

Emmanuel de Ryckel

PLEASE, DRAW ME AN M.P.S.! (The Master Production Schedule for DUMMIES)

A Governance Mechanism Between S&OP and Execution in an APS Environment

1. Definition and Purpose of the MPS

According to APICS (now ASCM – Association for Supply Chain Management), the Master Production Schedule (MPS) is a statement of what the company plans to produce, expressed in specific configurations, quantities, and dates. It translates aggregate plans into detailed, actionable commitments and serves as a primary input to Material Requirements Planning (MRP).

The MPS fulfills several fundamental roles:

  • It converts the Sales and Operations Plan (S&OP) into an executable production plan.
  • It is defined at the level of finished goods or critical subassemblies.
  • It operates on a discrete time bucket, most commonly weekly.
  • It acts as a formal coordination mechanism between Sales, Operations, Manufacturing, and Supply Chain.

2. The Continued Relevance of the MPS in APS Environments

With the widespread adoption of Advanced Planning Systems (APS), organizations benefit from continuous recalculation of capacity, material availability, and constraints across multiple horizons. However, continuous computational optimization does not eliminate the need for decision stabilization.

APS systems optimize plans; organizations execute commitments. The MPS remains essential as the mechanism that deliberately introduces stability, accountability, and commitment into the planning process.

3. The MPS as a Temporal Governance Instrument

Historically, the MPS has fulfilled three inseparable governance functions:

  • Arbitration of internal constraints and trade-offs.
  • Formalization of market and customer commitments.
  • Stabilization of decisions over time.

As such, the MPS should not be viewed solely as a production planning tool, but as a temporal governance layer that structures decision-making across planning horizons

4. The Time Funnel Concept

Planning systems must reconcile computational continuity with human decision-making limitations. Without clearly defined stabilization zones, organizations experience frequent priority changes, weakened customer commitments, and reduced operational credibility.

The time funnel provides a structured progression:

Within this framework, APS systems perform calculations and simulations, while the MPS defines which decisions are stabilized and which remain flexible.

  • S&OP establishes strategic direction at an aggregate, monthly level.
  • MPS translates this direction into item-level, weekly commitments.
  • Detailed scheduling converts these commitments into daily execution decisions.

5. From S&OP to MPS: Commitment and Precision

The transition from S&OP to MPS represents a shift:

  • From aggregated to item-level planning.
  • From directional guidance to explicit commitments.
  • From scenario evaluation to executable plans.

In summary: S&OP defines what the organization intends to do; the MPS defines what the organization commits to do.

6. Weekly Time Buckets as Best Practice

APICS best practices recommend weekly time buckets for the MPS, as they:

  • Align with most industrial production and procurement cycles.
  • Support credible customer promise dates.
  • Provide sufficient granularity without excessive volatility.
  • Ensure continuity between monthly S&OP and daily scheduling.

Daily buckets introduce instability and are good for Detailed Schedulers , while monthly buckets lack operational precision and are good for the S&OP.

7. MPS Planning Horizon and Time Zones

The recommended MPS horizon should at minimum cover:

  • Manufacturing lead time.
  • Critical procurement lead time.
  • Customer commitment horizon.

In practice, it’s recommended to use a MPS horizon equal 2times Cumulative lead-time.

This horizon is commonly divided into three zones: frozen, slushy, and liquid.

8. The Frozen Zone: The MPS as a Commitment Contract

Within the frozen zone:

  • Quantities and dates are fixed.
  • Changes are exceptional and formally managed.
  • Customer commitments are explicitly protected.

In this zone, the MPS represents not merely a production plan, but a credible sales promise.


9. Positioning the MPS in the Bill of Material

The MPS is not defined by a specific manufacturing step, but by decision relevance. It should be positioned where:

  • Structural bottlenecks exist.
  • Decisions are costly or irreversible.
  • Downstream priorities are determined.
  • Subsequent processes consume planning decisions.

The MPS defines what is authorized to flow downstream.


10. Pharmaceutical Industry Illustration

In pharmaceutical supply chains:

  • The industrial MPS is often positioned at the dominant bottleneck (API, formulation, or packaging).
  • The commercial MPS is defined at the sellable finished-product level, with a weekly frozen zone.

APS systems ensure end-to-end feasibility and optimization, while the MPS ensures operational credibility and commitment integrity.


11. Complementarity Between APS and MPS

The roles are complementary:

  • APS: optimization, simulation, constraint propagation.
  • MPS: stabilization, commitment, accountability.

Rather than an intermediate planning artifact, the MPS functions as a core governance mechanism linking strategic intent to operational execution.


Conclusion

In globalized manufacturing networks, centralized S&OP processes define strategic priorities, while local MPS processes translate these priorities into reliable, executable weekly plans that reflect site-specific constraints. This approach, consistent with APICS planning principles and the time funnel concept, reconciles global alignment with local execution credibility, ensuring stable customer commitments and sustained operational performance.

Emmanuel de Ryckel

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MPS : Entre planification industrielle et gouvernance opérationnelle à l’ère des APS.

À l’ère des APS, croire que la puissance de calcul suffit à piloter une Supply Chain est une illusion dangereuse. La vraie maîtrise repose sur une architecture décisionnelle progressive héritée du MRP2 d’antan— un entonnoir structurant que la technologie rend plus indispensable que jamais.

À l’heure où les Advanced Planning Systems (APS) se généralisent dans les Supply Chains industrielles, une idée revient souvent dans les organisations : puisque ces outils recalculent tout en continu, pourquoi conserver les anciennes étapes séquentielles de planification ?
Certains y voient même l’occasion d’abandonner ce qui semble appartenir au passé : l’architecture MRP2, structurée en trois niveaux — S&OP, MPS/RCCP, Detailed Shop Floor Scheduling .

Cette conclusion est séduisante… mais dangereusement fausse.

Car si la technologie a changé, la nature humaine, la dynamique industrielle et la logique décisionnelle n’ont pas changé, elles.
Et tout indique qu’à l’ère des APS, le besoin d’un entonnoir décisionnel structuré n’a jamais été aussi fort.

Le piège moderne : croire que la planification continue supprime le besoin d’un chemin décisionnel

Les APS offrent une puissance de calcul phénoménale : des milliers de scénarios, de recalculs instantanés, de simulations en cascade, des millions d’informations, d’alertes d’une précision quasi millimétrique.
De quoi donner l’illusion qu’une Supply Chain pourrait se piloter comme une salle de marché, minute par minute.

Mais c’est oublier trois évidences :

  • les organisations humaines ne peuvent pas prendre des décisions en continu ni absorber et traiter des milliers d’informations en quelques instants ;
  • les ateliers de Production ne peuvent pas relancer les lignes à chaque nouvel arbitrage ;
  • les clients ont besoin d’engagements stables, pas d’optimisations mouvantes.

Résultat : sans zones stabilisées, sans niveaux de décision, sans séquencement, les APS deviennent une machine à produire du bruit au lieu de produire de la valeur. Car c’est bien grâce au MPS et aux règles de gestion qui l’accompagne  que peuvent se prendre des engagements fiables vis-à-vis des clients et assurer par la suite une exécution au jour le jour sans encombres des plans de production détaillés. D’expérience, en suivant cette logique de l’entonnoir décisionnel, 95% des problèmes de disponibilités matières main d’oeuvre ou machine auront été réglés au moment de l’execution de la production.


La leçon du passé : le MRP2 n’était pas seulement une technologie, mais une sagesse opérationnelle

Il faut le rappeler :
S&OP → MPS → Shop Floor Scheduling, ce n’était pas seulement une structure informatique.
C’était, avant tout, une architecture décisionnelle.

  • Le S&OP décidait du Quoi et du Quand d’une manière globale en intégrant les goulots d’étranglement sur les ressources critiques, machines, humaines ou matérielles . A ce stade on se focalise sur ce que l’on nommerait le “Product Volume“)
  • Le MPS décidait du Combien et du Quand d’une manière plus précise et fiable permettant de prendre de vrais engagements vis-à-vis des clients. A ce stade seulement le planificateur se concentre sur le « Product mix »
  • Le Scheduling détaillé décidait du Combien mais surtout du Comment et du Quand en détails de l’ordre de Fabrication, à un niveau de précision  pouvant aller jusqu’à l’heure de la journée.

Ce schéma n’était pas séquentiel par naïveté technique — il l’était par intelligence organisationnelle.
Il incarnait ce que toute Supply Chain performante sait instinctivement :
👉 on prend les bonnes décisions au bon niveau, avec la granularité appropriée.

Et cette sagesse est plus pertinente que jamais.


L’approche progressive : la seule manière de garder le contrôle à l’ère des APS

Dans un monde saturé de données et d’alertes, la clé n’est plus de calculer davantage :
c’est de séparer clairement les décisions par niveau, par horizon et par granularité.

C’est cela, l’entonnoir décisionnel :

  1. Global et stratégique — S&OP
    Décider des orientations volumétriques, des priorités et des allocations.
  2. Engageant et stabilisé — MPS
    Traduire ces orientations en un plan hebdomadaire réaliste, tenable et partagé.
  3. Détaillé et opérationnel — Scheduling
    Ordonner concrètement ce qui a été engagé, au plus près du terrain.

Ce que l’on doit préserver du MRP2, ce n’est pas le logiciel :
c’est l’ordre dans lequel les décisions se prennent, car cet ordre conditionne leur pertinence.


Le progrès authentique : prendre le meilleur du passé pour maîtriser l’avenir

Bien sûr, les APS dépassent largement les capacités des outils historiques.
Ils calculent mieux, plus vite, plus largement.
Mais ils ne remplacent pas la gouvernance.

Le vrai progrès consiste à :

  • garder du passé ce qu’il avait de meilleur : la structure, la progression, la logique de l’entonnoir décisionnel ;
  • tirer du présent la puissance de simulation des APS, leur capacité à éclairer les décisions, pas à les remplacer ;
  • préparer l’avenir avec des supply chains capables de décider vite, bien, et sans chaos.

L’erreur serait de jeter le MPS parce que l’APS semble faire “mieux”.
En réalité :
👉 plus l’APS calcule, plus le MPS est nécessaire pour filtrer, stabiliser et engager.


Où placer le MPS dans la nomenclature ? Là où la décision engage vraiment l’avenir

Dans l’industrie pharmaceutique, la question revient comme un refrain : à quel niveau du flux faut‑il positionner le Master Production Schedule ?

Au stade du principe actif (PAI/API) ? Au niveau du bulk, de la formulation ? Ou plus simplement sur les produits finis, ceux que l’on vend réellement aux clients et aux marchés ?

On pourrait être tenté de répondre par une règle générale. Mais en réalité, le point d’ancrage du MPS n’a jamais dépendu d’un niveau chimique ou galénique. Il dépend d’une autre logique, beaucoup plus opérationnelle :

Le MPS doit se situer là où une décision engage irréversiblement le flux aval.

Une décision qui consomme un goulot critique, verrouille un composant stratégique, lance une campagne de production ou détermine ce qui sera — ou ne sera pas — disponible pour le marché.

Autrement dit : l’endroit où l’entreprise décide ce qui aura véritablement le droit d’exister dans la suite de la chaîne de valeur.

Dans certains cas, c’est l’API qui commande

Dans des environnements où la chimie est longue, capricieuse, coûteuse ou fortement capacitaire, le principe actif devient la ressource rare autour de laquelle tout s’organise.

Ici, le MPS s’établit naturellement au niveau API : c’est là que se jouent les arbitrages, les campagnes, les contraintes réglementaires lourdes.

La moindre décision à ce stade conditionne tout le reste.

Dans d’autres, c’est la formulation qui dicte le tempo

Dans de nombreuses usines pharmaceutiques, les goulots sont ailleurs : dans les cuves de formulation, les opérations de mélange ou les lignes nécessitant de lourds nettoyages.

Les enchaînements doivent être pensés avec soin, souvent en campagne, et chaque lancement coûte du temps, de l’argent, parfois même du rendement.

Dans ces contextes, c’est logiquement au niveau bulk, à l’étape de formulation, que se trouve le bon emplacement pour le MPS.

C’est là que le temps est précieux, que les arbitrages sont critiques, et que la discipline de planning fait la différence.

Et très souvent… c’est le produit fini qui reste la boussole incontournable

Pour la majorité des laboratoires, le MPS se construit sur les produits finis vendables, pour une raison simple :

c’est à ce niveau-là que se matérialise l’engagement vis‑à‑vis du marché.

Les décisions de service, les promesses aux filiales, les arbitrages entre pays ou entre segments thérapeutiques se jouent tous sur les SKU commercialisables.

C’est aussi ce niveau qui permet d’articuler efficacement la trajectoire du S&OP (par familles) avec un plan de production précis et engageant.

La solution la plus réaliste : un MPS « double niveau »

Dans beaucoup de réseaux pharmaceutiques modernes, la solution la plus efficace n’est pas un MPS unique, mais un MPS à deux niveaux, chacun jouant son rôle :

Un MPS industriel, positionné au niveau du goulot — API, formulation ou packaging, selon le site.

Un MPS commercial, positionné au niveau des produits finis vendables, pour sécuriser la disponibilité marché.

Les APS assurent la cohérence globale entre les deux niveaux.

Mais c’est le MPS qui transforme cette cohérence théorique en engagements concrets, tenables, crédibles.

En un mot : on ne place pas le MPS selon la nomenclature, mais selon l’impact des décisions

Ce qui compte, ce n’est pas l’étape.

Ce n’est pas la chimie ou la galénique.

Ce n’est pas la structure de la nomenclature elle‑même.

Ce qui compte, c’est l’endroit où une décision structure l’avenir du flux.

Là où l’entreprise dit : “ce lot sera produit”, “cette campagne sera lancée”, “cette disponibilité pourra être promise”.

C’est cela, le véritable positionnement du MPS.

Et c’est ce point d’ancrage — précis, engageant, irréversible — qui permet à toute la mécanique S&OP → MPS → Scheduling de fonctionner avec intelligence, fluidité et cohérence.


Conclusion : la supply chain moderne n’a pas trop de technologie — elle manque de structure

Alors que les Advanced Planning Systems (APS) promettent une planification continue et une optimisation en temps réel, de nombreuses entreprises s’interrogent sur la pertinence de conserver les étapes historiques du MRP2 — S&OP, MPS, ordonnancement. L’idée selon laquelle cette architecture séquentielle serait dépassée parce que la technologie calcule plus vite relève d’un contresens. La réalité opérationnelle montre l’inverse : plus les APS génèrent d’alertes et de scénarios, plus les organisations ont besoin d’un entonnoir décisionnel clair, allant du global au détaillé.
Car dans une supply chain moderne, la performance ne naît pas du volume d’informations… mais de la capacité à les transformer en décisions stables, prises au bon niveau et au bon moment.

Emmanuel de Ryckel

Non, la planification industrielle n’est pas un refuge pour talents égarés !

La planification industrielle – est aujourd’hui un pilier stratégique des entreprises industrielles. Mais derrière les outils sophistiqués et les tableaux Excel impeccables, un élément crucial reste trop souvent oublié : l’humain.

Trop d’organisations continuent de voir la planification comme un simple exercice intellectuel : maîtriser les outils, appliquer les méthodes, suivre les référentiels. Résultat ? Des plans brillants sur le papier, mais fragiles sur le terrain.

Le planificateur, chef d’orchestre invisible

Planificateurs, souvenez-vous : vous n’êtes pas de simples producteurs de plannings. Vous êtes les médiateurs entre des fonctions aux objectifs parfois divergents – ventes, production, achats, logistique. Vous traduisez les ambitions stratégiques en décisions concrètes et arbitrées. Souvent sans autorité hiérarchique directe, votre responsabilité sur la cohérence globale est énorme.

La technique ne fait pas tout

Certifications et formations professionnelles (APICS, ASCM…) structurent la fonction et diffusent un langage commun. Mais elles restent centrées sur la théorie et les modèles standardisés. Elles n’apprennent pas à gérer l’imprévu, à composer avec les contraintes opérationnelles ou à naviguer dans les équipes humaines.

L’ancrage terrain, clé de crédibilité

Planificateurs, posez-vous cette question : quand êtes-vous allés pour la dernière fois sur le terrain pour observer, comprendre et ajuster vos plans ?

Je me souviens d’une conversation marquante avec le patron d’une équipe de planification centralisée. Je lui faisais part de mon regret : son équipe ne connaissait pas assez bien les usines et ne les visitait pas assez souvent. Il m’a répondu, sûr de lui, presque en l’air : « Ce n’est pas nécessaire du tout. Il suffit que les usines mettent leurs paramètres de capacité dans le système, et mon équipe n’aura plus qu’à leur envoyer les plans qu’il leur faudra ensuite exécuter. »

Cette réponse illustre parfaitement l’erreur fondamentale de nombreuses approches centralisées : la planification ne peut pas se réduire à une simple saisie de données et à des outils sophistiqués. Sans connaissance directe du terrain et compréhension des contraintes réelles, les plans restent théoriques et souvent inapplicables.

L’expérience montre que l’exposition directe aux sites industriels est un levier majeur de performance et de crédibilité. Les planificateurs qui visitent les ateliers, observent les flux et comprennent les comportements humains sont capables d’anticiper les points de rupture, d’ajuster leurs hypothèses et de construire des arbitrages réalistes et acceptés par tous. Ceux qui restent derrière leurs écrans risquent de produire des plannings séduisants sur le papier… mais inefficaces dans la réalité quotidienne.

Des succès qui cachent des rigidités

Certaines entreprises semblent performer malgré une planification très technique. Mais ces succès s’accompagnent souvent de structures lourdes : comités multiples, centralisation accrue, processus empilés. Cette sophistication compense le manque d’agilité, mais atteint vite ses limites face aux changements rapides ou aux crises externes.

Les qualités humaines, vrai moteur de performance

Au-delà des outils et des modèles, certaines qualités comportementales sont indispensables pour un planificateur efficace. Tous ne sont pas faits pour ce métier. Le modèle HBDI, qui décrit les préférences cérébrales et modes de pensée, illustre bien cette réalité : certaines personnes excellent dans l’analyse détaillée, d’autres dans la vision globale, la synthèse ou l’influence interfonctionnelle.

Le HBDI distingue quatre “quadrants” ou couleurs :

Bleu – analytique : logique, précision, maîtrise des détails. Crucial pour le suivi des données, l’analyse des capacités et la vérification des plannings.

Vert – organisationnel : structure, processus, discipline. Indispensable pour transformer les méthodes et standards en plans fiables et reproductibles.

Jaune – stratégique : vision globale, anticipation, créativité. Nécessaire pour imaginer le MPS, comprendre les interdépendances entre lignes et sites, et préparer des scénarios alternatifs.

Rouge – relationnel : communication, influence, sens humain. Essentiel pour arbitrer entre fonctions, convaincre les équipes et faire accepter les décisions sur le terrain.

Un planificateur pleinement efficace doit être capable d’activer ces quatre couleurs à différents moments de sa mission : le bleu et le vert pour produire des plans fiables, le jaune pour prendre de la hauteur et anticiper les problèmes, et le rouge pour négocier, convaincre et maintenir la cohésion entre les équipes.

Je me rappelle parfaitement mes débuts. J’avais commencé avec une approche très bleue et verte, concentré sur l’ordonnancement des ateliers de production. Rapidement, je me suis rendu compte que ma capacité à gérer l’ensemble des besoins de production était insuffisante. J’ai dû activer le jaune pour imaginer un MPS global (comment aurais-je pu imaginer faire l’ordonnancement de production sur 18 mois, comme me le demanda un jour, sans rire, le responsable Supply Chain d’une grande société pharmaceutique ) et encore plus le jaune avec du rouge pour construire un S&OP à présenter au comité de direction et convaincre mes interlocuteurs.

Cette progression montre que la planification de production demande une flexibilité cognitive : savoir passer d’une couleur à l’autre selon les enjeux et les moments critiques. Tout le monde n’a pas cette capacité innée, et c’est pourquoi il est essentiel de se poser la question avant d’engager quelqu’un dans cette fonction : possède-t-il ou elle l’agilité cognitive nécessaire pour devenir un planificateur performant ?

La planification comme miroir de la maturité managériale

La manière dont une entreprise structure et anime sa fonction de planification reflète sa maturité organisationnelle. Les organisations les plus performantes équilibrent méthodologie, compréhension opérationnelle et légitimité relationnelle.

Conclusion

Reconnaître la planification comme stratégique, c’est bien. La comprendre en termes humains, c’est mieux. Former et certifier, c’est nécessaire. Identifier les bons profils, les exposer au terrain et valoriser leurs qualités comportementales et cognitives, c’est indispensable. Sans cela, même les plans les plus brillants restent vulnérables.

Emmanuel de Ryckel

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