Comment un rêve d’enfant nourri par la musique d’Henri Salvador a-t-il fini par devenir un album enregistré au Brésil avec des musiciens et arrangeurs parmi les plus influents des cinquante dernières années, puis publié par Universal Music ?
Cette histoire n’est ni un hasard, ni une simple aventure artistique.
Elle parle de vision, de patience et surtout de la capacité à transformer un rêve intime en projet concret.

Il est tentant, lorsqu’un projet artistique aboutit, d’en raconter l’origine comme une évidence.
La réalité est presque toujours plus complexe.
Ce projet musical consacré à Henri Salvador n’est pas né d’une vocation artistique assumée, ni d’une trajectoire naturelle vers le monde de la création.
Il trouve ses racines bien plus tôt, dans une enfance qui, objectivement, ne me destinait ni à la musique, ni au journalisme, ni à une fréquentation spontanée du milieu artistique.
Mon environnement familial et social valorisait autre chose :
les études, la rigueur intellectuelle, la continuité,
un parcours professionnel construit dans la durée.
Un chemin sérieux, raisonnable, balisé.
Et pourtant.
La naissance silencieuse du rêve
C’est dans ce cadre très structuré qu’est née, sans bruit, une liberté intérieure :
la capacité à rêver.
À une époque où l’image n’envahissait pas encore le quotidien,
la radio jouait un rôle central.
Elle ne montrait rien.
Elle laissait tout à imaginer.
La musique — et celle d’Henri Salvador en particulier —
offrait un espace intact à l’imaginaire.
On n’imitait pas ce que l’on voyait.
On construisait intérieurement ce que l’on entendait.
Ce n’était pas encore un projet.
Encore moins une ambition.
C’était une disposition.
Suivre le chemin attendu… sans renoncer
Très tôt, j’ai compris qu’il faudrait composer.
Entre ce monde intérieur riche de possibles
et les attentes très claires de mon environnement,
le choix de l’ordre des choses s’est imposé.
J’ai suivi le chemin attendu.
Non par renoncement,
mais par lucidité.
Les rêves, eux, sont restés en réserve.
Silencieux.
Protégés.
C’est plus tard, probablement à l’adolescence,
qu’une phrase de Jacques Brel est venue jouer un rôle décisif.
Non comme une injonction immédiate,
mais comme une autorisation intérieure différée :
« Il faut passer le restant de son existence à accomplir ses rêves d’enfance. »
Cette phrase m’a appris quelque chose d’essentiel :
on peut attendre sans abandonner.
On peut construire sans renier.
On peut différer sans oublier.
De la patience à l’exécution
Avec le recul, je comprends que ce qui s’est forgé là
n’était pas un désir artistique au sens strict,
mais une relation particulière au
temps.
Tenir un rêve suffisamment longtemps
pour qu’il résiste aux détours,
aux vents contraires,
et aux compromis nécessaires.
Cette disposition, je l’ai ensuite appliquée dans ma vie professionnelle.
Sans méthode miracle.
Sans plan grandiloquent.
Mais avec une constante :
savoir visualiser une direction,
l’ancrer profondément,
et avancer pas à pas,
en contournant les obstacles plutôt qu’en les niant.
C’est cette même logique qui a présidé à la naissance du projet musical autour d’Henri Salvador.
Une continuité, pas une rupture
Avec les années, une conviction s’est imposée :
la capacité à transformer un rêve en réalité
n’a rien de mystérieux ni de romantique.
Elle relève de la constance,
de la patience,
et d’une fidélité discrète à ce qui nous met en mouvement depuis longtemps.
Ce projet n’est donc pas une parenthèse artistique.
Il est la continuité naturelle d’un rapport au monde forgé très tôt :
dans le silence de la radio,
dans l’apprentissage de l’attente,
et dans la certitude tranquille
que certains rêves méritent simplement d’être menés à leur terme.
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