Henri Salvador n’a jamais été une icône pop.

Mais un passeur.

De la biguine au jazz, du rock à la bossa-nova.

Avec Chambre avec vue (2000), il avait offert à sa voix de velours un écrin bossa-nova façonné par Keren Ann et Benjamin Biolay.


Comme le souligne Véronique Mortaigne, journaliste au Monde,
confier sa relecture à Marcos Valle, parangon du jazz-funk de Rio, était un pari audacieux.

Cette audace, je l’ai voulue.

Guidé par mes convictions :

aller à contre-courant parce que les moutons — sauf quand ils sont noirs — ou les clones n’ont que peu d’espace dans mon univers.

Observer, écouter, comprendre, influencer, impulser, contourner.

Et savoir définitivement que ce n’est pas parce qu’ils sont plus nombreux à croire qu’ils connaissent la bonne direction qu’ils ont forcément raison.

Ne pas être de cet univers ne m’a jamais gêné, sans doute accoutumé à tant d’autres environnements industriels.

Comme chaque monde, celui-ci est codifié, structuré, avec ses règles et ses routines.

Pourtant, grâce à une sensibilité musicale cultivée depuis tout petit, à mes goûts pour la musique et à mon expérience professionnelle, j’y ai trouvé ma place.

Je n’ai pas cherché à en suivre les codes.

Je préfère mon intuition.

Cette manière que j’ai depuis toujours de visualiser les choses dans l’espace, de me projeter dans le futur, de savoir dès le départ à quoi mon rêve ressemblerait.

Pas à pas, pied à pied, les éléments se sont mis en place…

Jusqu’à ce jour de juin où je le toucherai enfin de mes mains.

Marcos Valle, avec son talent et son inspiration uniques, et moi, avec cette sensibilité et ces convictions, avons construit ce projet dans une véritable symbiose.

Une relation de confiance, d’amitié et de respect.

Une relation qui a su donner du temps au temps, laissant naître chaque musique comme des étoiles qui se rallument une à une dans l’univers de Henri Salvador.

Le résultat reconnu par tout ceux qui l’ont déjà découvert : un album vivant, surprenant, cohérent et généreux.

Des voix exceptionnelles – Simone, Rogê, Silva, Dora Morelenbaum– apportent chacune leur univers.

Elles ouvrent de nouvelles portes et révèlent des horizons inattendus.

Et puis, des présences qui marquent : Seu Jorge, Bebel Gilberto…

et un duo formidable entre Eddy Mitchell et la grande artiste brésilienne Zélia Duncan,

sur une musique de Quincy Jones et Eddy Barclay,

portée par des paroles de Boris Vian et Zélia Duncan. Pour ponctuer le tout , un inédit de Henri oui celui ci dialogue avec la chanteuse Paula Morelenbaum entre Paris et le Corcovado à Rio 

C’est ce mélange :

audace, convictions, sensibilité et complicité,

qui fait battre Salvador do Brasil.

Un souffle respectueux de l’héritage. Et résolument contemporain.

Emmanuel de Ryckel